VACANCES de moi !!!
- Wangmo
- 22 avr. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 juin 2023
22 avril 2023. Mes enfants sont en vacances, mon mari aussi.
J'aimerais être en vacances de... MOI !!! Prendre des vacances de moi-même!

Pouvoir ne plus souffrir de mon décalage perpétuel, être graciée de la perpétuité, de la punition d'être différente et surtout incomprise. Je rêve de pouvoir mettre mon cerveau en pause, en mode OFF. Si seulement... Et de laisser mon corps tranquille, qu'il ne sente plus toutes les sensations, et perceptions, et stimuli, avec une telle intensité. Avoir du répit... de moi-même, ou au minimum une rémission des infinis efforts quotidiens à fournir pour tout, tout le temps, avec tous, partout et toujours.
Et surtout, surtout, je ne veux plus lutter. Je n'y arrive plus. C'est tellement épuisant d'être un caméléon et de passer son temps à essayer de se fondre dans le monde ambiant, sans jamais y parvenir ni réellement ni complètement.
Je souffre d'essayer constamment d'être au niveau (minimum) des attentes sociales, sans vraiment les saisir d'ailleurs.
Rien que de me doucher le matin est déjà un effort conscient de volonté, une corvée qui me demande pas mal d'énergie, jamais un plaisir détendant.
Quant au soir, je suis, certains jours (lorsqu'il y a eu plus + d'interactions sociales): MUETTE... Plus la force de parler. Ni d'écouter d'ailleurs.
C'est pour cela que nous mangeons très très tôt, le soir, parce que, sinon, je sais que je ne tiens plus...
Et lorsqu'il y a eu vraiment + plus d'interactions sociales, je dois même quitter le repas du soir, avant le dessert, pour m'isoler, en silence et sans lumière, pour me restaurer dans ma bulle.
Les jours où j'ai eu le choix : peu d'interactions sociales, voire pas du tout, sauf mes deux enfants et mon mari, ET si ces jours-là il n'y a pas eu d'imprévu (s) impondérable(s) inévitable(s) comme par exemple : un appel téléphonique non programmé, quelqu'un qui sonne à la porte, quelque chose à régler/ gérer pour mes enfants ou mon mari sans que cela aie été anticipé, prévu, organisé et planifié; lorsque j'ai pu réaliser ma routine quotidienne, mon rituel journalier classique, mon planning en fait, mais sans surprises... Et bien, lorsque (rarement) toutes ces circonstances sont réunies, comme par hasard, le soir, j'ai encore de l'énergie et je peux: rester à table avec mon mari et mes enfants, et même les écouter, et parler avec eux, avec plaisir, sans que cela me coûte toutes mes petites cuillères d'énergie * restantes, lorsque nous sommes en forme tous les quatre. Et c'est un moment familial heureux. Par contre, lorsque l'un de nous 4 a une émotion forte, alors là, cela va me demander TOUTES mes cuillères d'énergie, et si c'était une soirée où déjà je n'en avais presque plus, et bien je n'ai pas d'autre choix que de laisser mon mari gérer, seul, l'enfant en tempête émotionnelle... Et de m'éloigner pour m'isoler.
Autrement dit,
lorsque j'ai eu la chance, rare, de prendre en compte mes besoins spécifiques: de silence, de calme, de routine habituelle bien rodée et réglée, ainsi que la possibilité de me consacrer à ce que j'aime et qui m'intéresse, et de ne PAS faire de rencontres supplémentaires en dehors de mon mari et des enfants; et bien, je vais pouvoir être beaucoup plus productive, efficace et travailler plus, et plus longtemps dans la durée, avec un besoin de stimulant (café ou thé) moindre. Alors qu'à l'inverse, comme je l'écrivais dans le post STUPIDE et RIDICULE, lorsque je sature de: perte de routine, sensations et stimuli sensoriels et interactions sociales; et bien non seulement je vais carburer au forcing, mais ensuite je vais m'effondrer totalement, d'un instant à l'autre, sans d'ailleurs avoir été prévenue, par moi-même, du moment où j'allais m'effondrer! Cela me tombe dessus tout à coup! Et je suis comme un ballon, pschitt, qui se dégonfle en quelques secondes... Cela surprend encore et toujours mon mari, même après bientôt 20 ans de mariage : c'est quasiment instantané, je gère, et puis, pschitt, la crise est là, et plus rien n'y fait, je n'ai plus aucune prise dessus, aucune batterie, vide et aucune possibilité de faire quoi que ce soit.
Comme le dit Lali Duguelay, soit "on s'adapte à l'environnement, soit c'est l'environnement qui est adapté pour nous" en parlant de la différence entre intégration (s'adapter à l'environnement) et inclusion (adapter l'environnement au handicap).
Mon expérience me prouve que lorsque je suis en mode "je m'adapte" (ou du moins j'essaie...), et bien je suis un caméléon-camouflé-caché en surcompensation = effondrement certain. Pour moi, intégration = désintégration et décompensation.
Lorsque j'ai la possibilité d'adapter mon environnement ( bruit, sollicitations...), je vis mieux, je vais mieux. Inclusion: environnement adapté, besoins spécifiques respectés = plus ++ de vitalité !
Encore une fois, autiste ou pas, les clés qui me correspondent sont bien celles de l'autisme (cf. Post: mon profil HPI et TSA).
Écrire,
pour dessiner la carte au trésor de moi-même, celle que je suis en vrai, accéder au fond de mon être véritable, donc sans ses stratégies adaptatives de survie, et sans son camouflage -caméléon-invisibilisant-constant, et épuisant !
Écrire, pour me démasquer: tomber peu à peu le masque.
Pour me trouver, au lieu de me perdre, dans l'adaptation à mon environnement.
À défaut d'être en vacances de moi -même, pouvoir, petit à petit, me reposer: poser le déguisement-camouflage social. M'autoriser des pauses de l'hypercontrôle de toutes mes réactions, tentatives d'adaptation et attitudes de mimétisme sociétal. Stopper le jeu déroutant de l'imitation sociale, auquel j'échoue régulièrement.
Apaiser et calmer la sur-conscientisation éternelle, irrépressible et involontaire, pour tempérer ce trop-plein de réflexion, pour réfléchir, un tant soit peu, plus posément.
Autant réussir à être moi...
Cessez d'être gentils, soyez vrai! Être avec les autres en restant soi-même (2001) comme l'écrit Thomas d'Ansembourg, ce livre que j'ai tellement lu et relu tant de fois.
Wangmo
* Vidéo YouTube Autisme et fatigabilité, la théorie des cuillères de Christine Miserandini par Julie Dachez
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