2/2 Dysfonctions exécutives, autisme et défaillances maternelles.
- Wangmo
- 15 juin 2024
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 oct. 2024
MANQUE D'EMPATHIE ? Ou empathie différée, tardive...
Une scène mère-fille d'anthologie familiale, qui restera dans les annales, et dont je rêve de faire un sketch, un jour. Mais une histoire vraie, vécue vraiment. Mieux vaut en rire...
Ou quand les deux cerveaux, mère et fille, buguent en même temps.

Comme je l'expliquais dans le premier épisode 1/2 (Dysfonctions exécutives...), généralement, je suis une bonne maman, avec le soutien de mon vaillant mari.
Mais pas toujours. Et il n'est pas toujours présent, mon mari. Mon cerveau aussi parfois s'absente.
Et dès lors, c'est épique, et terrible.
Comme hier.
Trop d'infos, trop d'imprévus, trop vite.
Trop d'infos, trop d'imprévus, trop vite.
Trop d'infos, trop d'imprévus, trop vite.
15h19
Ma fille déboule au salon en larmes, en hyperventilation, et me dit : "Maman, aide-moi, je panique !"
En général, je fais alors à sa place: c'est une de mes solutions, pour la soutenir et l'aider.
Sauf que là, impossible.
Elle a rendez-vous à 15h30, dans onze minutes précisément, pour un téléphone en visio, où il est expressément stipulé que cela doit se faire avec elle, pour une éventuelle location, de chambre étudiante.
Donc je ne peux pas la remplacer.
Là, surprise: mon cerveau bug.
Trop d'infos-trop d'imprévus-trop vite!
Plantage total, complet, plus rien ne répond.
Je cherche dans ma tête des solutions connues,
et je n'en trouve aucune.
Mutisme.
Zéro empathie sur le moment.
Ce qui augmente l'angoisse de ma fille.
Je l'observe, je vois mon cerveau chercher ce qu'il convient de faire, de dire. Je reste impassible, impavide, je ne trouve pas d'empathie instantanément disponible.
Chaque fois que je propose un geste, ou que j'essaie de dire quelque chose quand même, je tombe totalement à côté de la plaque: ma réponse est absolument inadéquate.
(Mais tellement, que là, il faudrait le refaire en sketch, tant le décalage entre le besoin de ma fille, et mes réponses, inadaptées, est risible, voire comique. Un véritable imbroglio.)
Ce qui augmente encore sa panique, et la met de plus en colère, légitimement.
Et je reste dans mon silence, extérieur.
Trop d'infos trop d'imprévus trop vite.
Dans ma tête, je pense:
je ne sais vraiment pas quoi faire, pas comment gérer cette situation.
La seule chose qui tourne en boucle dans mon cerveau, c'est 15h30:
« "15h30, elle doit répondre au téléphone. Je n'ai pas le droit de le faire à sa place. 15h30 le téléphone va sonner. 15h30 plus que quelques minutes. Il est 15h30. Ce n'est pas prévu cette panique, je ne sais pas quoi faire. 15h30. Ce n'est pas prévu cette panique subite de ma fille maintenant, je ne sais pas quoi faire, pas prévu, pas quoi faire, pas prévu, pas quoi faire 15h30..." » - Cerveau.
Ma fille
Ma fille, voyant que je ne lui était d'aucun secours à cet instant, a pris sur elle. Elle a fait ses exercices de respiration appris du théâtre, et a pu répondre à son téléphone en visio, qui s'est finalement bien passé pour elle: un bon entretien.
[Mon mari
En relisant mon texte, il s'est mit à rire en disant que lui, s'il avait été présent, aurait dédramatisé par l'humour. Il aurait plaisanté en proposant à ma fille de mettre une perruque... pour sa visio...] :-)))
Dysfonctions exécutives simultanées
et problème d'expression empathique maternelle
Ces situations sont épouvantables. Lorsque ma fille, en même temps que moi, mais différemment pour elle, lorsque nous sommes en dysfonctionnement de nos fonctions exécutives, ensembles.
La plupart du temps, si elle dysfonctionne, je suis apte à réagir.
Je contrôle la situation et je décompense sur moi, après, et bien plus tard.
(Par exemple, petite, vers ses trois ans,
elle était restée bloquée, au milieu de la route, à cause d'un changement de programme: imprévu. Je l'ai attrapée et conduite sur le trottoir, mise en sécurité du bus, qui arrivait. J'ai su réagir. Parce que je n'ai pas bugué en même temps qu'elle).
Mais hier, oui. J'ai bugué en même temps. Elle aussi. Moi version mutisme. Elle en mode crise de larmes. A ce moment, dans mon plantage neuronal, je n'ai plus aucun contrôle sur mon cerveau. Il devient une feuille blanche, une page vierge. Je ne peux plus penser dans ce cas. C'est totalement déstabilisant. Plus aucune commande ne répond.
Aucun clic, clic, clic de souris d'ordinateur cérébral ne fonctionne.
Et je ne ressens rien, absolument rien pendant l'événement.
CERVEAU
2 heures après, environ...
C'est seulement bien plus tard que j'ai eu une lumière, dans mon cerveau, en total décalage de la situation : "Ah je comprends, là tu as trop de pression, c'est ça ?". Mon empathie est survenue de façon totalement décalée et en différé complet de la situation. "Oui", c'était ça, m'a-t-elle expliqué plus tard, lorsque j'ai retrouvé mon cerveau perdu. Et que nous avons pu débriefer ensemble. Et que j'ai enfin, plus tard, ressenti subtilement, ou en tout cas compris intellectuellement, la nécessité de lui exprimer de l'empathie, envers ce qu'elle était en train de traverser émotionnellement.
Cela s'appelle une défaillance des fonctions exécutives, fréquente chez les personnes autistes. C'est-à-dire que sur le chemin prévu, il y a un obstacle. Et le cerveau est incapable de trouver une déviation, pour aller de l'avant et contourner l'obstacle.
Certains autistes deviennent violents. D'autres muets. D'autres s'évanouissent. Plusieurs cas de figure existent...
Cela peut aussi s’interpréter comme un manque d'empathie, inadéquat, dans l'instant.
Caractérielle
Lorsque j'étais enfant, on me disait caractérielle. Ceci lorsque je décompensait, en ville, enfant, après les magasins. Trop d'infos, trop vite, trop d'imprévus. Saturation. Caractérielle, on a dit cela à beaucoup de petites filles autistes. Il m'est arrivé de casser une vitre: Meltdown autistique = explosion. Mais maintenant, je suis le plus souvent muette, et immobile, sans bouger. En panne. Plus d'essence, plus de batterie. Système HS. KO.
Ce qui est déconcertant, c'est que ces bugs sont indépendants de la volonté, hors de contrôle. C'est juste que le cerveau est paramétré différemment. C'est une différence surprenante, à connaître. À prendre en compte.
La fin de tout
Personnellement, après un tel épisode lamentable, je me sens à tel point défaillante, que je lutte, pour ne pas laisser les pensées autodestructrices m'envahir totalement, à cause de mon sentiment de nullité: absolu. Comme si je devais me punir de mes déficiences. Je me sens coupable de n'avoir rien ressenti EN MÊME TEMPS que l'expression émotionnelle de ma fille. Culpabilité immense de ressentir les choses en décalé total.
Les enfants sont un immense facteur de protection à ce niveau-là, pour ne pas me laisser "abattre" par moi-même, envahie par la conscience d'avoir commis une faute relationnelle, et d'être une erreur de la nature...
C'est douloureux d'être par moments si incompétente, pitoyable et comme sans cœur. Stoïque. Froide. Distante. Sans aucune empathie instantanée. Uniquement différée, et encore parce que je la convoque intellectuellement, et par apprentissage aussi.
Pourtant, qu'est-ce que j'aime mes enfants.
Mais parfois je suis bien maladroite avec eux. Extérieurement, je peux parfois sembler manquer d'empathie spontanée, comme si j'avais un masque d'impassibilité.
Heureusement qu'ensuite nous en parlons ensemble. Je peux m'excuser, expliquer. Mais cela n'enlève pas le sentiment de honte et de culpabilité maternelle. Parfois je suis nulle, comme maman, "empathiquement" défaillante. Lorsque mon cerveau ne répond plus. Et lorsque mes fonctions exécutives autistes bloquent, en plus. Alors mon HPI ne trouve plus la parade. On se sent intensément, irrémédiablement et définitivement nulle, lors de ces dysfonctions.
Heureusement que l'amour n'est pas une question de compétence...
Wangmo
Ps:
j'ai demandé à ma fille ce qu'elle pensait de moi comme maman.
Elle ne me voit pas comme moi. Selon elle, j'ai une force immense pour être sa maman: car je suis capable de prendre tout ce que je suis, et de faire toutes les choses que "jamais je n'aurais cru faire" :-)
Selon mon fils: je suis "wonderfull, maximum parce que je suis toujours au maximum de mes capacités, "watts" parce que je donne beaucoup de lumière et d’énergie, merveilleuse, macaron parce que je suis bonne, et mâchefer parce que solide..." :-)
Merci mes chers enfants, mes "chaudoudoux"tous chauds et tous doux !
En bonus, sur le sujet de
l'empathie "autiste":
Maya, dans ses Chroniques du TSA, aborde le sujet du manque d'empathie:
Vrai ou faux ? Les autistes n'ont pas d'empathie
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